On dit des vins d’Alsace qu’ils sont trop lourds, trop sucrés … cette mauvaise presse met les vignerons dans certaines difficultés, la production ne trouvant pas preneur

Nous nous sommes rendu sur place à la rencontre de nouveaux vignerons d’Alsace, potentiels décideurs de l’avenir vinicole de la région. Reportage avec nos envoyés très spéciaux Cecile et Antoine.

 

Lundi 25 janvier, 7h, c’est le départ.

Si le Jura manifeste son mécontentement de nous voir partir, l’Alsace nous accueille quelques heures plus tard sur son 31, dans un beau manteau de neige immaculé donnant un aspect pittoresque presque sacré des villages traversés.

10h, Bergheim, rencontre avec l’équipe du domaine Marcel Deiss, célèbre pour la complantation. La degustation commence par le domaine du Rêveur et leur nouvelle cuvée Imagine ( un assemblage des 4 cépages nobles alsaciens qui laissera sans voix ceux qui critiquent les vins sucrés ) puis par le domaine Marcel Deiss. Pas une minute de blanc, les maîtres d’orchestre Mathieu et Emmanuelle nous livrent les secrets de l’alchimie de leurs breuvages en détail et avec précision. Pour eux, il faut comprendre son terrain, on ne plante pas de tout partout, ce n’est pas ça la complantation. On observe, on étudie, on essaie, on comprend. On ressent. Et le résultat est bluffant, des assemblages tout en finesse, fini les préjugés des vins lourds ! Et les grands crus ? Certes plus riches en bouche ils n’en sont pas pour autant lourds. Le domaine Marcel Deiss est fait d’artisans polyvalents qui créent des grands crus gatronomiques uniques qui méritent autant leur appellation que ceux de la Bourgogne ou du Bordelais. Nous finissons la degustation en cave avec Emmanuelle qui nous livre le pourquoi du comment de la magie des potions qui lentement grandissent.

La polyvalence est un facteur de réussite du domaine, c’est une équipe soudée prenant des décisions collectives. Nous les découvrons durant le repas, nous prouvant que l’accueil est ici un art, et la gastronomie aussi bien qualitative que quantitative.

La suite se passe dans les vignes, après ce repas chaleureux. Une demonstration pratique qui illustre à merveille les explications du matin, sous les commentaires avisés de Mathieu. Il fallait bien ça pour digérer !

Ici, l’Histoire a laissé son empreinte sur la vigne. Situation stratégique de la Seconde Guerre Mondiale, cette région au pied de la frontière naturelle vers la France a vu naitre de nombreux combats et mourrir bon nombre de ses enfants. Des villages furent entièrement détruits par les bombardements et à la reconstruction, il ne restait ni cave ni matériel. Les groupements de vignerons et les coopératives ont sauvé ce patrimoine. Elles représentent aujourd’hui 48% des producteurs. La vie était dure pour les vignerons indépendants ( 16% des producteurs ) à l’instar de l’Oncle de Mathieu dont la vigne compose aujpurd’hui le Rêveur, nom d’homage à l’homme qu’il fut.

15h, direction Ribeauvillé, dans une usine de vallée. Sortis de la ville, un chateau dont l’âge d’or semble encore s’écrouler et entouré d’une forêt endormie fait planer sur nous sa menace. C’est dans ce lieu insolite que nous retrouvons Morgane et Jerôme, du domaine de la Grange de l’Oncle Charles, accompagnés par un groupement de nouveaux vignerons “nature” forts d’un projet social dynamique. De belles surprises pour des premiers millesimes, accordons leur notre confiance ils n’en feront que de plus belles choses par la suite. L’ambiance est humaine, très simple et les visiteurs, amis, connaissances ou collaborateurs viennent d’un peu partout. Nous goutons une trentaine de vins, tous différents. Nous serions bien resté. Mais il nous reste encore de la route pour retrouver nos terres du Jura, la neige a fondu mais la beauté demeure, le paysage dévoile ses couleurs.

Si l’Alsace est aujourd’hui en difficulté, les vignerons contemporains sont forts de solutions et d’idées. Valoriser les terroirs plutôt que les cépages, préférer l’assemblage au monocépage, faire un travail de réflexion à la fois sur la qualité et sur la quantité, demander à obtenir des appellations villages, voilà quelques clés de la réussite de l’Alsace de demain.

Mettez ces vins sur votre chemin.